« Carolina », ressortissante chilienne, arrive en Suisse en janvier 2004. Elle obtient un permis B suite à son mariage en juin 2004 avec un citoyen suisse qu’elle avait connu dans son pays. Le couple rencontre rapidement des difficultés et se sépare en juillet 2005. Après leur divorce, « Carolina » se remarie en décembre 2007 avec un autre citoyen suisse avec qui elle vit depuis près de deux ans, et obtient à nouveau un permis B dans le cadre du regroupement familial. Dès les premiers mois de mariage, elle subit des violences d’ordre psychologique et économique. Aux scènes de jalousie du mari s’ajoutent des pressions liées au fait que « Carolina », alors en apprentissage, se retrouve avec peu de moyens financiers ; elle subit des chantages et se trouve privée de ressources, ne pouvant parfois même pas manger à sa faim. Dès février 2008, « Carolina » bénéficie d’un suivi psychothérapeutique régulier.
En janvier 2010, une dispute particulièrement violente éclate entre les deux époux. « Carolina » subit notamment une tentative de strangulation, ce qui la conduit à quitter le domicile conjugal et à porter plainte. En juin 2010, des mesures protectrices de l’union conjugale sont prononcées, faisant état de leur séparation. Après avoir émis en octobre 2010 une intention de révoquer le permis de « Carolina », l’autorité cantonale revient sur sa position en avril 2011, sur la base de l’
article 50 al. 1 let. b et al. 2 LEtr, suite aux observations écrites que soumet sa mandataire, accompagnées notamment de certificats médicaux attestant de la tentative de strangulation et des violences psychiques subies. En septembre 2011, l’ODM refuse de donner son approbation à l’établissement d’une nouvelle autorisation de séjour car il estime que les violences subies n’ont pas atteint un degré suffisamment intense pour remplir les conditions prévues par la jurisprudence (violences conjugales d’une certaine gravité) et pour estimer que « Carolina » est « sérieusement mise en danger dans sa personnalité du fait de la vie commune ». L’ODM se base sur le fait que « Carolina » n’a pas demandé à divorcer de son deuxième époux et que suite à la dispute de janvier 2010, ce dernier aussi avait porté plainte à son encontre. Dans sa décision, l’ODM ne fait aucune mention des certificats médicaux faisant état de l’escalade de violence de la part du mari.
En octobre 2011, « Carolina » interjette un recours devant le TAF. Elle conteste l’évaluation de l’ODM au sujet de l’
art. 50 al. 1 let. b et al. 2. « Carolina » produit une attestation
LAVI (Loi fédérale sur l’Aide aux Victimes d’Infractions) qui fait état d’une atteinte grave et directe à son encontre au sens de ladite loi. Elle rappelle également, certificats médicaux à l’appui, la gravité de l’acte de violence physique subi, ainsi que l’ampleur des violences d’ordre psychologique et économique qui l’ont conduite à se faire suivre régulièrement par une psychothérapeute depuis 2008. Enfin, elle explique qu’elle a retiré sa plainte pénale suite aux excuses publiques de son époux, et à un arrangement de paiement de la part de ce dernier des frais liés aux soins psychothérapeutiques dont elle bénéficie, ce qui indique un aveu de culpabilité de sa part. Le recours devant le
TAF est pendant.
Signalé par : La Fraternité (Centre social protestant – Vaud), octobre 2011
Sources : certificats médicaux (18.01.10, 4.03.10 et 15.04.10) ; observations soumises au SPOP (17.12.10) ; observations soumises à l’ODM (26.08.11) ; décision de l’ODM (20.09.11) ; recours devant le TAF (20.10.11)