« Nathalie », Française d’origine sénégalaise, vit en Suisse depuis 2008 et est titulaire d’un permis B UE/AELE depuis 2010, suite à l’obtention d’un permis L UE/AELE. Venue en France, puis en en Suisse pour travailler, elle laisse son fils, « Tidiane », âgé de 8 ans, au Sénégal chez son père. Toutefois, elle continue d’entretenir une relation étroite avec celui-ci via des voyages et des appels téléphoniques. Aussi, « Nathalie » est seule à l’entretenir financièrement et est très impliquée dans sa scolarité, puisqu’elle a régulièrement des contacts avec ses enseignants. « Nathalie » souhaite faire venir son fils auprès d’elle depuis 2011, mais le refus du père de réunir les documents nécessaires retarde la démarche, alors que « Tidiane » est en conflit avec son père et placé en internat dès 2008. Il arrive finalement en Suisse en 2013.
En juillet 2013, le SPOP refuse de délivrer une autorisation de séjour à « Tidiane » et prononce son renvoi. Dans sa décision, le SPOP fait valoir que l’on peut s’attendre à ce qu’une demande de regroupement familial se fasse dans les plus brefs délais suite à l’entrée en Suisse de la personne. Selon l’autorité administrative, le regroupement perd ainsi tout son sens lorsqu’un parent vit durant des années séparé de son enfant et le fait venir juste avant qu’il ait atteint l’âge limite. Pour le SPOP, « Nathalie » est donc soupçonnée d’abus de droit. En effet, sa demande de regroupement familial répondrait à des motivations économiques et non à une volonté d’instaurer une vie familiale. En outre, « Nathalie », touchant l’aide sociale, ne serait pas en mesure d’assurer l’entretien de son fils.
Contestant cette décision, sa mandataire dépose un recours au Tribunal cantonal vaudois le même mois. Elle explique que « Nathalie » a toujours travaillé, cumulant parfois plusieurs emplois et ne dépend que partiellement de l’aide sociale depuis janvier 2013, afin de compléter son salaire. De plus, elle rappelle qu’à l’exception de l’exigence de disposer d’un logement adéquat, l’ALCP ne prévoit aucune condition pour le regroupement familial avec son enfant jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de 21 ans. En effet, selon les directives relatives à l’application de l’ALCP (
directives OLCP), les travailleurs ressortissants de l’UE ne perdent pas leur droit au regroupement familial en cas de dépendance à l’aide sociale. Elle rejette également l’accusation d’abus de droit arguant que « Nathalie » a toujours eu une relation très étroite avec son fils dont l’entretien est à sa charge exclusive et que les 17 ans de « Tidiane » ne sont pas exactement proches de la limite des 21 ans imposée par l’ALCP. Enfin, si l’âge limite pour demander le regroupement familial est fixé à 21 ans, c’est justement pour donner une possibilité aux enfants de terminer leurs études avant de rejoindre leurs parents. Ainsi, des moments d’éloignement entre parents et enfants sont envisagés par l’Accord. Par ailleurs, rien n’interdit aux parents séparés de prévoir un changement de garde au cours de la vie de l’enfant.
À l’heure où nous rédigeons, le recours est toujours pendant devant le Tribunal cantonal.
Signalé par : CSP – Vaud, octobre 2013
Sources : décision du SPOP (01.07.13), recours au Tribunal cantonal (29.07.13), courrier complémentaire adressé au Tribunal cantonal (28.08.13).