Des avocat·es dénoncent le non accès à la justice des personnes sans titre de séjour
Genève, 25.02.2026 – Déposer plainte pénale si l’on n’a pas de statut de séjour entraîne encore régulièrement des arrestations, des poursuites et des condamnations puis des dénonciations en vue d’un renvoi. Des avocat·es interpellent les autorités dans une lettre ouverte, dénonçant un effet dissuasif.
Selon les auteur·ices, «L’article 7 du Code de procédure pénale (CPP) impose aux autorités pénales de poursuivre toutes les infractions; l’article 97 de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI), de dénoncer tout séjour illégal. Du bout des lèvres, ils admettent un excès de zèle quand les victimes sont placées au violon. Dans les faits néanmoins, certaines ne sont pas inquiétées, preuve d’une marge de manœuvre dont les critères demeurent flous. Ce traitement aléatoire viole les fondements de l’Etat de droit: légalité, égalité, interdiction de l’arbitraire et contrôle juridictionnel (art. 5, 8, 9, 29a Cst.). Ces principes exigent des directives claires, publiques et uniformes. Plus fondamentalement, tolérer qu’une personne subisse un préjudice en dénonçant une infraction contredit l’obligation de l’Etat de protéger les droits fondamentaux et d’en garantir la réalisation dans tout l’ordre juridique.»
Les signataires de cette tribune invoquent une violation du droit supérieur et appellent les autorités à «garantir à toute personne lésée par une infraction pénale qu’elle ne sera pas inquiétée par les autorités auxquelles elle la dénonce, à savoir qu’elle ne sera pas enfermée, pas sanctionnée et pas dénoncée aux autorités migratoires sur cette base et à cette occasion.»
Source: le Temps, «Arrêter, poursuivre ou renvoyer les personnes sans papiers qui exercent un droit fondamental est contraire au droit supérieur», 25.02.2026.
Voir également: ODAE romand, «Un accès à la justice qui dépend du statut», rapport RADAR, décembre 2025 ; ODAE romand, «Accès à la justice impossible: victime de violences conjugales à deux reprises, elle est condamnée pour séjour illégal», cas n°523, 25.11.2025 ; ODAE romand, «Accès à la justice impossible: malgré une tentative de viol, elle est condamnée pour séjour illégal», cas n°522, 12.11.2025 ; ODAE romand, «Accès à la justice impossible : Victime d’un accident de bus et blessée, les policiers l’interrogent sur son statut», cas n°524, 02.11.2025 ; ODAE romand, «Victime d’un accident, elle se voit traitée en criminelle parce qu’elle est sans-papiers», cas n°519, 10.11.2025 ; ODAE romand, «Victime de violences par ses logeur·ses, elle est accusée de séjour illégal», brève, 13.11.2025 ; ODAE romand, «Femmes sans-papiers: prioriser l’expulsion au détriment d’une prise en charge adéquate», brève, 25.09.2025 ; le Courrier,«La triple peine des femmes sans-papiers», 24.09.2025 ; ODAE romand,«Pas d’accès à la justice pour une personne sans-papiers mais une menace de renvoi», brève, 09.11.2023 ; ODAE romand, «Condamnée pour séjour illégal et frappée d’une décision d’expulsion après avoir porté plainte», brève, 13.09.2016, ODAE romand, «Pour avoir déposé plainte pour vol, elle perd son logement, son travail et risque le renvoi», cas n°489, 06.03.2025 ; ODAE romand, «Je n’en pouvais plus, je ne savais plus vers qui me tourner. Je suis allée porter plainte mais la police m’a arrêtée pour séjour illégal», cas n°484, 12.12.2024.