Vers une meilleure protection des femmes migrantes victimes de violences conjugales?

Suisse, 05.11.2021 – Afin de mieux protéger les personnes étrangères victimes de violence domestique, la Commission des institutions politiques du Conseil national (CIP-N) a déposé une initiative (21.504) demandant une modification de l’art. 50 LEI.

Cet article permet de prolonger l’autorisation de séjour des victimes de violences conjugales, initialement obtenues par regroupement familial. Néanmoins ce droit est uniquement accordé aux époux∙ses de ressortissant∙es suisses et de titulaires d’un permis C. En outre, dans la pratique les dispositions légales et la jurisprudence sont appliquées de manière restrictive : les exigences en matière de preuve de la violence sont très élevées et certains actes, comme les violences psychologiques, sont rarement reconnus.

L’initiative doit maintenant être traitée par le Conseil national. Son adoption par les chambres constituerait un pas vers l’abandon de la réserve émise par la Suisse à l’art. 59 de la Convention d’Istanbul assurant la protection et l’octroi d’un permis autonome pour toutes les victimes dont la résidence dépend de celle de leur conjoint∙e.

Sources: CIP-N, « Plus de clarté pour les victimes de violence domestique », communiqué, 05.11.2021 ; CIP-N, « Garantir la pratique pour raisons personnelles majeures visée à l’art. 50 LEI en cas de violence domestique », initiative parlementaire 21.504, 05.11.2021.

Voir également: Groupe de travail Femmes migrantes & violences conjugales, Rapport parallèle sur les violences conjugales à l’égard des femmes étrangères ayant un statut précaire en Suisse à l’attention du GREVIO, juin 2021; ODAE romand, Femmes étrangères victimes de violences conjugales, rapport thématique, mars 2016.

Cas relatifs

Cas individuel — 06/01/2026

Victime de violences conjugales, elle se retrouve prévenue en raison de son absence de statut de séjour

Sandra* arrive en Suisse en mars 2025 accompagnée de ses deux filles, pour rejoindre son compagnon, Oscar*. Très vite après leur installation, celui-ci devient violent. Sandra* parvient à fuir le domicile avec ses enfants, mais Oscar* commence à la suivre et la harceler. Un jour, Oscar* agresse Sandra* dans la rue. Des policiers témoins de la scène la convainquent d’aller déposer plainte. Mais une fois arrivée au poste, Sandra* est interrogée durant des heures et repart avec un mandat de comparution pour séjour illégal.
Cas individuel — 20/01/2016

La dépendance à l’aide sociale jugée plus importante que les séquelles de violences conjugales

« Elise » est en Suisse depuis plus de onze ans. Victime de graves violences conjugales, elle se voit refuser le renouvellement de son autorisation de séjour. Malgré la reconnaissance des violences selon l’art. 50 al. 2 LEtr, les autorités estiment qu’il y a un risque concret de dépendance à l’aide sociale et ordonnent son renvoi.
Cas individuel — 29/04/2010

Victime de graves violences conjugales, elle risque le renvoi

« Zorica », d’origine serbe, découvre peu après son mariage que son époux suisse est très violent. Ils se séparent et l’époux, binational, retourne en Serbie. Au moment de renouveler le permis de « Zorica », l’ODM ne tient pas compte du traumatisme subi, lui reproche son manque d’intégration et prononce son renvoi en Serbie, où son ex-mari la menace de mort.
Cas individuel — 24/08/2009

Violences conjugales: on expulse la victime au lieu de la soutenir !

Après avoir subi pendant des années la violence de son mari, « Luzia », brésilienne, se résout finalement à demander le divorce. Déjà déstabilisée par cette situation extrêmement difficile, « Luzia » va se retrouver en plus confrontée à un renvoi.