L’accès restreint aux procès-verbaux est contesté

Berne, 24.11.2025 – La pratique du SEM consistant à limiter l’accès aux procès-verbaux de la première audition d’asile est remise en question dans un avis de droit relayé par humanrights.ch. Fondée sur l’art.27 PA, cette pratique ancienne doit être réexaminée à la lumière de la restructuration du domaine de l’asile et de l’introduction d’une représentation juridique qualifiée.

En procédure étendue, les représentant·es juridiques reçoivent souvent ces documents seulement quelques heures avant l’audition complémentaire, ce qui compromet la préparation de la défense. Mandaté par l’OSAR, le professeur Peter Uebersax (Université de Bâle) estime que la base légale invoquée est insuffisante et que la mesure, justifiée par les besoins de l’instruction et la lutte contre les abus, est disproportionnée. Selon cet avis, la pratique viole le droit d’être entendu, garanti par l’art. 29 Cst. ainsi que par les garanties procédurales de la CEDH. Les autrices demandent que l’ensemble du dossier soit accessible au moins dix jours avant l’audition complémentaire, afin d’assurer l’égalité des armes et le respect de l’État de droit.

Source: humanrights.ch, «La restriction d’accès au procès-verbal comme entrave à une procédure efficace et équitable», 24.11.2025 (résumé d’un article paru dans ASYL 2/2025).

Voir également: ODAE romand, «Restriction d’accès aux procès-verbaux des auditions d’asile: une entrave à la procédure?», brève, 18.03.2025.

Cas relatifs

Cas individuel — 01/06/2026

Victime de traite, elle est menacée de renvoi parce qu’elle a osé dénoncer son employeuse

Dépourvue de statut de séjour légal, Zulaa*, originaire de Mongolie, est engagée en avril 2023 comme employée de maison nourrie et logée par Mme S. Ses tâches comprennent l’entretien de la maison, la préparation et le service des repas, la lessive, le repassage, l’entretien du jardin, l’entretien des véhicules, le soin aux animaux domestiques et la réalisation de massages. Elle tra-vaille en moyenne 87 heures par semaine, pour un salaire mensuel de CHF 1’500 non-déclaré, sans cotisations aux assurances. Lorsque, six mois plus tard, Zulaa* se retrouve hospitalisée en rai-son d’un problème de santé, son employeuse la licencie avec effet immédiat. Zulaa* perd d’un seul coup revenu et logement, et se retrouve à la rue. Sans autorisation de séjour, elle ne peut pas s’adresser aux inspecteur·ices du travail. Avec le soutien d’un syndicat, Zulaa* dépose une de-mande en justice devant le Tribunal de Prud’hommes. Mais son employeuse se retourne alors en déposant plainte contre elle pour escroquerie et diffamation. Exposée par cette plainte, Zulaa* risque une poursuite sur la base du séjour sans statut avec, à la clé, une expulsion.
Cas individuel — 27/11/2019

Née suisse, une Belge risque le renvoi alors qu’elle travaille à mi-temps

Née suisse, « Catherine », 63 ans, a perdu sa nationalité en se mariant avec un ressortissant belge. De retour en Suisse depuis 14 ans, elle se voit aujourd’hui refuser le renouvellement de son permis de séjour, aux motifs qu’elle a bénéficié de l’aide sociale et que son travail est considéré comme une activité « accessoire », contrairement à ce que dit la jurisprudence européenne. Si elle avait été un homme, elle n’aurait jamais perdu sa nationalité.
Cas individuel — 26/01/2015

Après sept ans d’attente d’un permis, le renvoi d’une Portugaise est prononcé

« Ana » travaille en Suisse de 2004 à 2007 au bénéfice d’un permis L en tant que ressortissante de l’Union Européenne. Par la suite, sa demande de renouvellement de permis n’est pas traitée bien qu’elle en remplisse manifestement les critères. Ce n’est qu’en 2014, suite au dépôt d'un recours pour déni de justice, que l’OCPM rend une décision. Celle-ci est négative au motif qu’« Ana » ne travaille plus, alors que c’est l’Office qui a rendu sa situation précaire.