« Samila » a vécu les pire horreurs pendant la guerre de Bosnie : séquestrée trois jours dans une cave par des soldats, violée et torturée de la pire façon, témoin de l’exécution d’un bébé pendant que sa mère lui donnait le sein. Déplacée interne, elle est encore victime de diverses exactions, dont une tentative de viol en 2003 alors qu’elle tente de rentrer dans sa région d’origine, puis elle est expulsée du logement qu’elle occupe en tant que déplacée interne.
Au CEP de Vallorbe, où elle arrive le 21.10.05, la requérante évoque ses traumatismes de façon poignante lors de ses deux auditions, et supplie qu’on la soigne. « J’ai souvent mal à la tête, je m’arrache les cheveux, je me griffe. Quelques fois je suis tellement nerveuse que je ne supporte pas mon enfant. En Bosnie, je n’avais pas le droit de me faire soigner. Je n’avait pas de droit » (27.10.05)… « Je vous prie de me faire soigner car j’ai tellement mal à la tête tous les jours. J’ai envie de me reposer, d’oublier tous ces problèmes. Je vous en prie, si vous pouvez me faire soigner, si vous pouvez aider mon enfant. J’aimerais oublier le passé » (7.11.05).
« Samila » ne reçoit pourtant aucun soin au CEP, où elle est assignée à résidence et où les consultations médicales ont été supprimées durant l’été 2005. La requérante et son mari y reçoivent par contre dès le 10.11.2005, soit 20 jours après leur arrivée, une décision de renvoi qui affirme que la requérante peut retourner sans problème en Bosnie et y recevoir une aide appropriée, alors qu’elle n’a jamais pu y être soignée. La décision écarte d’ailleurs toute prise en compte des problèmes de santé au motif « qu’aucun certificat médical n’est déposé à ce stade de la procédure ».
« Samila » arrive à Genève à mi-novembre. Elle n’a que 30 jours pour recourir. Dès la fin du mois une prise en charge médicale s’amorce, mais les médecins demandent jusqu’à janvier pour poser leur diagnostic. La mandataire recourt le 8 décembre en soulignant que l’ODM a statué sans procéder sérieusement à l’établissement des faits, et elle annonce un rapport médical pour janvier. Le 29.11.2005, cependant, le juge chargé du recours considère qu’« en l’état du dossier, il n’appert pas que l’état de santé s’oppose à l’exécution du renvoi ». Il annonce que le recours, « voué à l’échec », sera déclaré irrecevable si la recourante ne paie pas une avance de 600 fr. pour couvrir les frais de procédure d’ici au 13 janvier. Totalement indigente, « Samila » réussit heureusement à emprunter cette somme.
Très vite, les rapports médicaux viennent confirmer la gravité de son état. Stress post-traumatique, dépression sévère, « flash-back » pendant la nuit, céphalées persistantes avec nausée et vomissements, crises dissociatives, tentatives de suicides. « Samila » doit être hospitalisée à plusieurs reprises. L’anxiété liée à la procédure ne fait qu’aggraver ses symptômes, et sa fille doit être placée dans une famille d’accueil. Après deux ans de descente aux enfers, le TAF se rend à l’évidence et prononce son admission provisoire.
Signalé par : Centre social protestant de Genève, secteur réfugiés (31.1.2008)
Sources : arrêt du TAF D-4753 du 23.1.08, décision incidente de la CRA du 29.12.05, recours du 8.12.05, décision ODM du 21.10.05, procès-verbaux des auditions (7.11.05 et 27.10.05).