O., homosexuel persécuté au Nigéria, risque le renvoi dans son pays

Les personnes persécutées dans leur pays en raison de leur orientation sexuelle peinent encore à obtenir la protection de la Suisse. Le cas de O., Nigérian homosexuel risquant le renvoi, a mobilisé le soutien de plusieurs associations (Pinkcross, Sarigai, le CCSI/SOS Racisme, l’OMCT et Queeramnesty). Dans un communiqué du 14 avril 2014, elles rappellent qu’au Nigéria, l’homosexualité est un crime puni de peines pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison. O. est arrivé en Suisse en 2010 avec son compagnon pour demander l’asile, après avoir été condamné à mort par la population de son village. Mais les autorités suisses considèrent qu’il n’y a pas de preuve de la véridicité de son histoire, et que d’autre part O. peut rentrer dans son pays et y dissimuler son homosexualité.

D’après les signataires du communiqué, la Suisse accorde l’asile uniquement aux personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenre et intersexe) qui ont déjà été victimes d’une persécution et qui arrivent à en apporter la preuve, estimant que les autres peuvent être renvoyées et vivre leur sexualité de façon cachée. Une position contraire à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, qui a estimé dans son arrêt du 7 novembre 2013 qu’il n’est pas possible d’exiger d’un demandeur d’asile qu’il dissimule une caractéristique aussi fondamentale pour l’identité personnelle que l’orientation sexuelle (voir notre brève du 14.11.2013).

O. se trouve actuellement en détention à Berne pour séjour illégal, suite à quoi il risque d’être renvoyé dans son pays. Une pétition et des manifestations demandant sa libération ont été organisées.

> à ce sujet, voir également le cas du Camerounais « Alain »

Sources :
Pinkcross, Sarigai, CCSI/SOS Racisme, OMCT et Queeramnesty, Communiqué de presse, 14 avril 2014
Blog « Liberty for O. »
Arrêt de la CJUE du 7 novembre 2013

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