Le TAF confirme le retrait de la qualité de réfugié à un kosovar

Dans son arrêt du 25.04.2019, le TAF a confirmé le retrait de la qualité de réfugié à un ex-citoyen yougoslave d’origine kosovare, ainsi que la révocation de son statut d’asile. Pour le TAF, la reconnaissance du Kosovo comme Etat peut justifier cette décision.

L’intéressé avait déposé une demande d’asile en Suisse au début des années 1990. À l’époque, la Province autonome socialiste du Kosovo faisait partie de la République fédérale de Yougoslavie. En juin 2015, le SEM a retiré la qualité de réfugié à l’intéressé, révoquant simultanément l’asile. Pour fonder sa décision, le SEM invoquait le changement de situation au Kosovo : selon la Convention relative au statut des réfugiés, le statut de réfugié n’est plus applicable à une personne si les circonstances à la suite desquelles elle a été reconnue comme réfugiée ont cessé d’exister et qu’elle ne peut plus refuser de se réclamer de la protection du pays dont elle a la nationalité (art. 1, let. C, ch. 5 de la Convention). Le SEM invoquait également les condamnations pénales de l’intéressé comme motif supplémentaire justifiant la révocation de l’asile.

Sans revenir sur ce dernier point, le TAF constate dans sa décision que la République du Kosovo reconnaît la nationalité à toutes les personnes qui ont fui à l’étranger dans le contexte de la guerre des Balkans et qui peuvent établir qu’ils sont nés sur son territoire. D’origine kosovare, l’intéressé peut se réclamer de la protection de cet Etat et la protection accordée par la Suisse en vertu de la Convention relative au statut de réfugié n’a donc plus lieu d’être. Mais si la révocation de l’asile est confirmée par le TAF, l’intéressé ne perd pas forcément son statut de séjour : celui-ci dépend du droit des étrangers et est de la compétence des autorités cantonales.

Source : arrêt du TAF D-4282/2015 du 25 avril 2019

Cas relatifs

Cas individuel — 16/03/2026

Reconnue réfugiée, le TAF maintient la décision du SEM de ne pas lui accorder l’asile

Semhar*, ressortissante érythréenne, se voit confisquer ses terres après que son mari a fui le pays pour échapper au service militaire. Elle décide de fuir à son tour le pays mais est interceptée et emprisonnée. Elle subit de nombreux sévices durant les huit mois de sa détention. Peu après sa libération, elle parvient à sortir du pays. Elle demande l’asile en Suisse en 2021. Le SEM lui reconnaît la qualité de réfugiée mais lui refuse l’asile au motif que ses persécutions seraient uniquement liées à son départ d’Erythrée, et lui accorde uniquement une admission provisoire. Son recours auprès du TAF est rejeté en septembre 2025.
Cas individuel — 20/12/2011

Une rescapée de Srebrenica est renvoyée
malgré de graves problèmes psychiques

« Halida », rescapée du massacre de Srebrenica, demande l’asile en Suisse en 2000 alors qu'elle a à peine 18 ans. 11 ans plus tard, malgré ses troubles psychiques et la naissance d'un bébé, l’ODM puis le TAF vont prononcer son renvoi (et celui de son nouveau-né) vers la Bosnie. Elle n'y a pourtant quasiment plus de repères ni de réseau familial ou social.
Cas individuel — 28/04/2010

Pas d’asile pour une victime de viols menacée de crime d’honneur

Déjà répudiée par sa famille, « Lulia », jeune femme kosovare, est encore victime de séquestration et de viols de la part de son employeur. Son père menace de la tuer, mais l’ODM et le TAF n’y voient qu’un litige privé qui ne saurait conduire à l’octroi de l’asile.
Cas individuel — 23/03/2010

30 jours pour faire recours : un délai à peine suffisant
qui risque d’être raccourci

« Jabari », détenu et torturé en Somalie, voit sa demande d’asile être refusée par l’ODM pour des motifs douteux. Après de minutieuses démarches menées en tout juste 30 jours, il arrive à prouver dans un recours que sa qualité de réfugié est indiscutable, amenant l’ODM à revenir sur sa décision. Mais le DFJP entend désormais raccourcir le délai de recours à 15 jours.