Condamnations pénales: quand les chiffres servent à stigmatiser plutôt qu’à comprendre

Suisse, 16.10.2025 – L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié des statistiques liées à la nationalité et à la criminalité. Il en ressort que plus de 60% des condamnations ne concernaient pas des personnes suisses. Or, présenté hors contexte comme s’est amusé à le faire Donald Trump, ce chiffre alimente les préjugés et, surtout, il loupe sa cible. En effet, dans un article du 24heures, Julie de Dardel, professeure de géographie à l’Université de Genève et directrice du programme de recherche Prison Degrowth, explique que pour mieux comprendre ces données, il faut s’intéresser aux spécificités du système pénal suisse: «En Suisse, on est condamné à la prison soit parce qu’on a fait une infraction au Code pénal, à la loi sur les stupéfiants, à la loi fédérale sur les étrangers ou sur la circulation routière. Ce sont ces quatre lois qui sont des viviers des condamnations qu’on appelle pénales et qui donnent lieu à des peines privatives de liberté. Mais en dehors de ça, il y a aussi de la détention administrative. Ce sont les personnes qui n’ont commis aucun délit, sauf celui d’avoir une procédure administrative qui aboutit à une expulsion.»  Ainsi, certaines infractions ne peuvent être commises que par des étranger·ères. 

Elle souligne également la nécessité de distinguer les types d’infractions: selon les catégories, la répartition change fortement. Ainsi, pour certaines infractions graves, notamment les atteintes à l’intégrité sexuelle, la majorité des condamnations concernent des personnes suisses.

Le criminologue Marcelo Aebi, quant à lui, souligne l’importance de comparer ces chiffres à la population réelle et de distinguer les personnes durablement établies des autres catégories. Les principaux facteurs de risque restent le sexe, l’âge, le niveau socio-économique et le niveau de formation, bien davantage que la nationalité.

Source: 24heures, «60% des condamnations concernent les étrangers. Pourquoi?», 16.10.2025. 

Voir également: ODAE romand, «Quand le statut fait la peine: la détention des personnes étrangères en Suisse», Panorama n°6, décembre 2023 ; asile.ch, «Criminalité | Mieux comprendre les statistiques», 06.03.2025 ; asile.ch, «Criminalité des personnes étrangères: pratiques médiatiques comparées», 01.10.2025 ; asile.ch, «Déconstruire les manipulations» ; Luca Gnaedinger, «Le paradoxe suisse: entre mansuétude pénale et criminalisation de l’immigration», 2024.

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