« William », originaire d’Ouganda, se présente au centre d’enregistrement (
CEP) de Vallorbe et dépose une demande d’asile. Il explique qu’il est un ancien milicien des rebelles et qu’il fuit les militaires qui le pourchassent, militaires qui auraient tué sa famille. Comme beaucoup d’autres requérants d’asile, il n’a pas le moindre document d’identité à présenter lors du dépôt de sa demande. L’autorité lui remet une note écrite indiquant qu’il est tenu, sous peine de non entrée en matière (NEM), de remettre dans les 48h un passeport ou une carte d’identité. C’est impossible, explique « William » : il n’y a pas de carte d’identité en Ouganda, et les passeports sont réservés à des gens bien plus importants que lui. En ce qui le concerne, il n’a jamais possédé qu’une carte de village et une carte scolaire, que lui ont pris les rebelles, et qui ne correspondent pas à ce que demandent les autorités suisses. Faire venir des documents d’identité en 48h est aussi impossible, notamment parce que les membres de sa famille qui auraient pu entreprendre des démarches pour lui sur place sont tous morts.
Le 9 octobre, l’ODM rend une décision de
NEM en constatant l’absence de papiers d’identité et l’absence d’excuse, vu le caractère « stéréotypé » des explications de « William ». Le recours proteste contre cet a priori. Un rapport officiel du Canada confirme que l’Ouganda n’a pas de carte d’identité et que le passeport ne peut être obtenu sans des formalités exigeantes. Une clause de la loi, dont le Conseil fédéral promettait pendant la campagne référendaire de 2006 qu’elle serait une garantie du maintien de la tradition humanitaire suisse, prévoit que les autorités peuvent entrer en matière sur la demande d’asile malgré l’absence de papiers, pour autant que cette absence soit excusable. Par ailleurs, un constat médical accompagné de photos vient aussi montrer que le requérant a subi des violences.
L’arrêt du TAF rendu le 25 février 2008 n’admet pas pour autant le caractère excusable de l’absence de papiers d’identités. Certes, il prend acte du rapport canadien, qui confirme que le requérant ne pouvait pas obtenir une carte d’identité qui n’existe pas dans son pays, et qu’il ne pouvait pas non plus, comme simple villageois, obtenir un passeport. Mais pour le TAF, si « William » est sorti du pays, c’est qu’il devait forcément être en possession d’un passeport et le présenter à son arrivée en Suisse. Les explications données sur le voyage, effectué avec un faux passeport que lui aurait procuré un tiers sont vagues et imprécises. Pour le TAF, c’est le signe que le requérant ne veut pas révéler les conditions réelles de son départ du pays. De ce fait le TAF refuse d’excuser l’absence de papiers et confirme la NEM prise sur cette base.
Signalé par : Service d’aide juridique aux exilé-e-s – SAJE (Lausanne), avril 2008.
Sources : décision TAF du 25 février 2008 (E-7056/2007) ; Response to Information Request ; Uganda : Identity documents ; Commission de l’immigration et du statut du réfugié du Canada, 16 Feb. 2007 ; voir aussi la note thématique de l’ODAE : «
Requérants sans papiers, aucune excuse n’est jugée valable » (Thème 001, 29.11.07)