A la fin 2002, « Yeshi » demande l’asile en expliquant qu’elle a subi des menaces de la part d’un réseau de prostitution en Ethiopie qui voulait l’enrôler contre son gré. Six mois plus tard, l’ODR décide de ne pas entrer en matière sur sa demande, parce que « Yeshi » n’a pas présenté de papiers d’identité, parce qu’elle n’a pas dit toute la vérité sur son voyage, et parce que son récit manque d’indices concrets. La CRA déclare son recours irrecevable pour non paiement de l’avance des frais.
Avec son permis N de requérante d’asile, « Yeshi » avait réussi à obtenir un emploi et à s’installer de manière indépendante dans un appartement privé, ce qui lui assurait un certain équilibre. Frappée d’une NEM, elle n’a plus le droit de travailler. Comme elle ne coûte rien à l’Etat, le canton de Genève attend jusqu’en février 2006 pour lui appliquer cette mesure. Elle n’a alors plus droit qu’à une aide d’urgence minimale et doit quitter son logement. Suite à cette détérioration de ses conditions de vie, son état psychique se détériore rapidement, et elle doit être prise en charge de manière intensive sur le plan médical. Elle présente un syndrome de stress post-traumatique et état dépressif sévère avec idées suicidaires. Tissant un lien de confiance avec sa thérapeute, elle ose enfin parler de ce qui la traumatise. « Yeshi » a été plusieurs fois battue, violée et contrainte à la prostitution. Hantée par un sentiment de honte et de culpabilité, elle n’a pas osé en parler avant. Les médecins affirment que l’angoisse engendrée par son statut de NEM a été le facteur clé de la détérioration de son état psychique.
Une demande de reconsidération est adressée à l’ODM le 9 octobre 2006, avec demande urgente de suspendre la décision antérieure de renvoi. L’ODM tarde pourtant à répondre, alors qu’il ne faut d’ordinaire que quelques jours pour prendre cette décision préalable. Le 4 décembre, la mandataire manifeste son étonnement auprès de l’ODM. Les médecins eux-mêmes s’inquiètent des répercussions négatives pour leur patiente de cette incertitude prolongée, qui s’ajoute à la précarité de son statut de NEM et à l’angoisse d’un renvoi vers le pays où se trouvent ses agresseurs. Une deuxième lettre de relance est adressée à l’ODM le 6 mars 2007, étayée par un nouveau rapport médical. Ce n’est que le 9 mai 2007, après intervention de l’Office cantonal des étrangers, que l’ODM informe qu’il a reçu la demande. Cette requête sera traitée comme une deuxième demande d’asile et une nouvelle audition sera convoquée.
Avec 7 mois de retard, « Yeshi » se trouve donc à nouveau considérée comme une requérante d’asile, avec la possibilité de travailler ou de recevoir une aide sociale « normale ». Elle doit en outre être convoquée à une nouvelle audition, pour que sa demande d’asile soit examinée à nouveau.
Signalé par: Centre social protestant (Genève), 22.05.2007
Sources : Décision de NEM de l’ODR (26.6.03), rapport médical (21.9.06), demande de reconsidération (9.10.06), 2 demandes de confirmation de l’enregistrement (4.12.06 et 6.3.07), confirmation de l’ODM (8.5.07)