Violences policières et racisme systémique: qui protège de la police?

Lausanne, 10.12.2025 Le mardi 9 décembre un homme meurt au CHUV après avoir passé deux semaines de détention provisoire à l’hôtel de police de Lausanne. Ces conditions de détention sont pourtant illicites. Le Tribunal fédéral a reconnu qu’une détention de plus de 48 heures dans ces conditions viole la Convention européenne des droits humains. La Commission des visiteurs du Grand Conseil vaudois relève qu’en 2023, la durée maximale de détention dans ces zones a atteint 43 jours. Une situation illicite dont le canton a pleinement conscience, puisqu’il octroie un dédommagement de 50 CHF par jour aux personnes détenues qui le demandent. L’ODAE romand a documenté l’institutionnalisation de cette pratique illégale dans son Panorama n°6

Ce n’est pas la première fois qu’un décès intervient dans cette zone carcérale. En mai 2025, Michael Ekemezie est également décédé après avoir été interpellé puis conduit à l’hôtel de police. La gravité de la situation est encore renforcée par un chiffre alarmant: 82 tentatives de suicide ont été recensées dans cette zone carcérale pour la seule année 2023, comme l’indique le rapport de la commission. 

Parallèlement, un autre dossier a récemment relancé le débat sur la violence et les pratiques policières dans le canton de Vaud. Dans l’affaire Nzoy, portant sur la mort d’un Zurichois de 37 ans abattu par un policier à la gare de Morges en 2021, un nouveau rapport de Border Forensics, une association de recherche et d’enquête sur les violations des droits des migrants et les pratiques de violence à la frontière, conteste la thèse retenue jusqu’ici de légitime défense.

Selon cette analyse, combinant vidéo et reconstitutions en 2D et 3D, Nzoy tentait de fuir et n’attaquait pas les forces de l’ordre, et ses mains étaient ouvertes avant les premiers coups de feu, rendant hautement improbable qu’il tenait un couteau à ce moment-là. Ces éléments remettent en question l’argument de légitime défense adopté initialement par le Ministère public vaudois et contribuent à la réouverture de la procédure judiciaire par le Tribunal cantonal.

Depuis 2016, six hommes noirs ont perdu la vie à la suite d’interventions policières dans le canton de Vaud: Hervé Bondembe Mandundu (2016), Lamin Fatty (2017), Mike Ben Peter (2018), Roger Michael Nzoy Wilhelm (2021), Michael Kenechukwu Ekemezie (2025) et Marvin Shalom Manzila (2025). Loin d’être des faits isolés, ces décès dessinent une continuité alarmante de violences policières à caractère raciste.

La mort de Marvin Shalom Manzila, âgé de 17 ans, survenue le 24 août 2025 à la suite d’une poursuite policière à Lausanne, a provoqué une révolte populaire menée par les jeunes de Prélaz, son quartier d’enfance. Cette mobilisation, rapidement relayée bien au-delà de Lausanne, a mis en lumière une réalité que les autorités vaudoises continuent de refuser de nommer: la répétition tragique d’une violence d’État exercée par son bras armé, la police, et dirigée de manière disproportionnée contre les personnes noires et racisées.

À la fin du mois d’août 2025, plusieurs enquêtes journalistiques ont révélé l’existence de groupes WhatsApp réunissant des policiers lausannois dans lesquels circulaient des messages racistes, antisémites, sexistes et glorifiant la violence. Quatre agents ont été suspendus à la suite de ces révélations, tandis qu’un gendarme vaudois a également été identifié parmi les membres de l’un de ces groupes.

Face à ces constats, les appels à une réforme structurelle de la police lausannoise se multiplient: renforcement des mécanismes de contrôle indépendants, transparence accrue, formation obligatoire contre le racisme et les violences policières, et remise en question des conditions de détention à l’hôtel de police. Pourtant, malgré les alertes répétées et les décès survenus, les autorités peinent à mettre en œuvre des changements concrets et immédiats. La question demeure entière : qui protège réellement face aux abus policiers?

Sources: blick.ch, «Passé par l’Hôtel de police de Lausanne, un homme est décédé au CHUV», 10.12.2025 ; blick.ch, «Qui s’occupe des détenus à l’Hôtel de police lausannois? Un décès ravive le débat», 15.12.2025 ; rts.ch, «Quatre policiers lausannois suspendus après des messages racistes, antisémites et sexistes», 25.08.2025 ; le Temps, «Des conversations WhatsApp révèlent «un racisme systémique» dans la police lausannoise, quatre agents suspendus», 25.08.2025 ; Grand Conseil Vaudois, «Rapport de la commission des visiteurs du grand conseil et déterminations du conseil d’État», janvier 2025 ; Le Temps, «C’est l’horreur»: voici ce qui se cache derrière les 82 tentatives de suicide recensées à l’Hôtel de police de Lausanne», 30.10.2025 ; le Courrier, «Impunité policière en question», 12.11.2025 ; le Courrier, «Affaire Nzoy: un rapport accablant», 25.08.2025 ; le Temps, «Marche blanche pour Marvin à Lausanne: de l’amour et du rap pour clore une semaine sous haute tension», 30.08.2025 ; 24heures, «Photos et propos haineux: ces échanges entre policiers font scandale», 25.08.2025 ; Border Forensics, «The Death of Roger Nzoy Wilhelm», 2025 ; 24heures, «Vaud, Genève, Neuchâtel: que fait la police des polices?», 25.08.2025 ; le Courrier, «”Il faut nettoyer les écuries d’Augias”», 25.08.2025 ; blick.ch, «De nouveaux éléments choquants accablent la police lausannoise», 01.09.2025 ; le Temps, «Après le choc des messages racistes, voici les pistes pour réformer la police lausannoise», 27.08.2025 ; le Quotidien jurassien, «À Lausanne, des pistes pour réformer la police après le choc des messages racistes», 29.08.2025 ; 24heures, «”J’ai honte de mon uniforme”, témoigne un policier lausannois», 27.08.2025 ; le Courrier, «La municipalité de Lausanne est sommée d’agir», 27.08.2025 ; swissinfo.ch, «Racisme «systémique» au sein de la police de Lausanne: un cas isolé?», 27.08.2025 ; le Temps, «Tempête dans la police: les dysfonctionnements de la formation ont-ils laissé des marques?», 10.09.2025 ; 24heures, «En 2007, un rapport pointait déjà de graves dérives au sein de la police», 21.09.2025 ; le Courrier, «Lausanne en blanc pour Marvin», 31.08.2025 ; 24heures, «Policier issu de la diversité à Lausanne, c’est comment?», 31.08.2025.

Voir également: ODAE romand, «Zones carcérales à Lausanne: un rapport accablant de la Commission des visiteurs», brève, 15.07.2024 ; ODAE romand, «Emprisonné à trois reprises dans des conditions reconnues illicites par le Tribunal fédéral», cas, 01.12.2023

Cas relatifs

Cas individuel — 24/02/2026

Détenu mineur en Bulgarie, le TAF confirme malgré tout son renvoi de Suisse

Baram*, kurde de Syrie tout juste majeur, demande l’asile en Suisse en septembre 2021. Il explique notamment avoir été détenu durant deux mois en Bulgarie alors qu’il était encore mineur – ce qui l’a empêché de bénéficier de la protection due aux mineur·es, notamment le droit de rejoindre sa famille en Suisse. Il invoque également des problèmes de santé psychique. Sa demande est rejetée par le SEM en novembre 2021, qui ordonne son renvoi en Bulgarie au motif qu’il y possède une protection subsidiaire. Le TAF admet le recours de Baram* et renvoie la cause au SEM pour plus d’investigations. Plus d’un an après, le SEM rend une nouvelle décision de non-entrée en matière et de renvoi vers la Bulgarie. Baram* dépose un nouveau recours, rejeté par le TAF qui confirme la décision du SEM
Cas individuel — 31/01/2026

Alors que son fils de 9 ans est victime d’un accident de la route, elle est retenue par la police puis condamnée pour séjour illégal

Le fils de Lana *, présente en Suisse sans statut de séjour depuis 2021, est percuté par une moto. Les secours arrivent avec la police, qui constate l’absence de permis de Lana* et l’interroge, retardant le départ de l’ambulance. Lana* reçoit quelques semaines plus tard une convocation au poste de police puis une ordonnance pénale du Ministère public pour séjour illégal et activité lucrative sans autorisation contre laquelle elle fait recours. En janvier 2026, à quelques mois de pouvoir déposer une demande de régularisation de séjour, Lana* est convoquée au Tribunal qui la condamne mais sans y assortir de peine. Assistée par une association, Lana* entame les démarches pour une demande de régularisation.
Cas individuel — 19/01/2026

Le Tribunal cantonal reconnait un retrait de permis abusif, le Service de la population ayant présagé d’un recours à l’aide sociale

Zaprian*, ressortissant bulgare, vient travailler en Suisse en 2017 avec un permis B UE/AELE. Il est bientôt rejoint par sa femme Stanka*, originaire de Macédoine. Il fait une courte période de chômage en 2019 puis retrouve un emploi. En décembre 2020, il perçoit à nouveau les indemnités du chômage, jusqu’à la fin de son droit en décembre 2023. En 2024, alors âgé de 63 ans, il touche une rente-pont cantonale. En avril 2025, le Service cantonal de la population annonce le retrait du permis B du couple, au motif que Zaprian* aurait perdu le droit de demeurer. Le couple dépose un recours auprès du Tribunal cantonal. Celui-ci leur donne gain de cause en décembre 2025, au motif que, bien que Zaprian* avait effectivement perdu la qualité de travailleur, les revenus du couple sont suffisants pour vivre sans aide sociale.
Cas individuel — 06/01/2026

Victime de violences conjugales, elle se retrouve prévenue en raison de son absence de statut de séjour

Sandra* arrive en Suisse en mars 2025 accompagnée de ses deux filles, pour rejoindre son compagnon, Oscar*. Très vite après leur installation, celui-ci devient violent. Sandra* parvient à fuir le domicile avec ses enfants, mais Oscar* commence à la suivre et la harceler. Un jour, Oscar* agresse Sandra* dans la rue. Des policiers témoins de la scène la convainquent d’aller déposer plainte. Mais une fois arrivée au poste, Sandra* est interrogée durant des heures et repart avec un mandat de comparution pour séjour illégal.