Onze ans à l’aide d’urgence: témoignage

« Cette situation, c’est beaucoup de souffrances pour moi. J’ai connu dix-sept centres collectifs de l’EVAM, abris antiatomiques aussi […] et le Sleep-in à Morges. […] Je suis très démoralisé et épuisé par toutes ces années d’errance et d’absence de perspectives. Je n’ai pas pu construire ma vie. Ma situation ici est bloquée et je n’arrive plus à envisager mon avenir. Ma vie ne sert à rien et je me sens inutile. »

Le collectif Droit de rester pour tou·te·s a recueilli le témoignage de Danaël, un Erythréen à l’aide d’urgence depuis 11 ans. Il raconte son parcours, sa situation actuelle et son sentiment d’impuissance. Pour rappel, l’aide d’urgence est octroyée aux personnes déboutées de l’asile, qui sont privées du droit de percevoir l’aide sociale et de travailler en vertu des articles 81 et 82 LAsi.

Dans son communiqué, Droit de rester dénonce la situation et rappelle que Danaël s’est vu refuser l’octroi d’une autorisation de séjour pour cas de rigueur (art. 14 al. 2 LAsi), au motif qu’il ne serait pas suffisamment intégré, malgré un réseau et de nombreuses lettres de soutien.

Depuis plusieurs années, les correspondant·e·s de l’ODAE constatent que très peu de dossiers sont présentés par les cantons au SEM, en charge d’approuver les cas de rigueur. L’interprétation des critères pour les cas de rigueur est extrêmement restrictive et les autorités ont souvent des exigences qui vont au-delà du cadre légal.

Source : Collectif droit de rester pour tout·te·s, « Danaël : plus de onze ans à l’aide d’urgence », 13.11.2020.

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