Mise en place d’un contrôle automatisé pour citoyen·nes non-européen·nes voyageant vers l’UE

Europe, 10.10.2025 – À partir du 12 octobre 2025, l’Union européenne franchit une nouvelle étape dans la surveillance de ses frontières: le tampon manuel disparaît au profit d’un système numérique généralisé, pensé pour centraliser les données des voyageur·ses non européen·nes dans une immense base de données partagée. Officiellement, l’objectif vise l’amélioration de la gestion des flux et le repérage des dépassements de séjour. Dans les faits, il s’agit d’un saut technologique majeur vers la biométrisation systématique, où chaque entrée et sortie devient un point de données exploitable, archivable, contrôlable.

Désormais, à presque toutes les frontières de l’UE – à l’exception de Chypre et de l’Irlande – les personnes étrangères devront scanner leur passeport, donner leurs empreintes digitales et se faire photographier sur des bornes automatiques avant même d’avoir posé un pied dans le pays. Une procédure imposée, non négociable, qui inscrit les corps et les déplacements dans une logique sécuritaire de suspicion généralisée.

En 2026, l’UE déploiera l’ETIAS, une autorisation de voyage payante, inspirée de l’ESTA aux US. Tous les ressortissant·es de pays exemptés de visas de court séjour devront désormais remplir un formulaire numérique avant de se rendre en Europe et payer une somme encore non déterminée. Un dispositif supplémentaire qui poursuit le passage de la liberté de circulation en privilège conditionnel, réservé à celles et ceux qui peuvent se conformer aux contraintes administratives, technologiques et financières des pays riches.

Ces mesures ne sont pas neutres: elles s’inscrivent dans une politique migratoire européenne de plus en plus restrictive, où l’on traite les voyageurs et les voyageuses non européen·nes comme des risques à contrôler plutôt que comme des individus exerçant un droit fondamental: celui de circuler.

Sources: 24heures, «L’Europe lance son contrôle automatisé aux frontières», 10.10.2025 ; RTS.ch, «Les frontières de l’espace Schengen seront contrôlées numériquement», 30.07.2025 ; franceInfo.fr, «Empreintes digitales, photo et informations personnelles : l’Europe lance son nouveau contrôle automatisé aux frontières pour les citoyens non-européens», 12.10.2025. 

Voir également: ODAE romand, «Adoption de la 3ème stratégie suisse de gestion des frontières Schengen», brève, 25.06.2024.

Cas relatifs

Cas individuel — 31/01/2026

Alors que son fils de 9 ans est victime d’un accident de la route, elle est retenue par la police puis condamnée pour séjour illégal

Le fils de Lana *, présente en Suisse sans statut de séjour depuis 2021, est percuté par une moto. Les secours arrivent avec la police, qui constate l’absence de permis de Lana* et l’interroge, retardant le départ de l’ambulance. Lana* reçoit quelques semaines plus tard une convocation au poste de police puis une ordonnance pénale du Ministère public pour séjour illégal et activité lucrative sans autorisation contre laquelle elle fait recours. En janvier 2026, à quelques mois de pouvoir déposer une demande de régularisation de séjour, Lana* est convoquée au Tribunal qui la condamne mais sans y assortir de peine. Assistée par une association, Lana* entame les démarches pour une demande de régularisation.
Cas individuel — 19/01/2026

Le Tribunal cantonal reconnait un retrait de permis abusif, le Service de la population ayant présagé d’un recours à l’aide sociale

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Cas individuel — 06/01/2026

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Cas individuel — 30/12/2025

«J’ai senti le froid monter depuis mes pieds. Dans ma vie, c’est la première fois que je sens la peur de cette manière.» Cas-témoignage

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