L’Union européenne durcit (encore) sa politique migratoire

Europe, 08.12.2025 – Début décembre, le Conseil de l’Union européenne (UE) a décidé de permettre l’externalisation des procédures d’asile dans des pays tiers et la facilitation des renvois des exilé·es vers des pays dont iels ne sont pas originaires et avec lesquels iels n’ont aucun lien mais que l’Europe considère comme «sûrs».

Ces mesures, qui doivent encore passer devant le Parlement en mars 2026, pourraient être effectives en juin 2026. Des associations de défense du droit d’asile et des ONG actives dans la protection des droits humains ont déjà réagi, déplorant des choix politiques qui plongent encore davantage les personnes dans le danger et la précarité au détriment de mesures d’inclusion et de protection. 

Sources: Le Temps, «Les pays de l’UE approuvent un net durcissement de la politique migratoire», 09.12.2025 ; RTS.ch «Les pays de l’UE approuvent un durcissement de la politique migratoire», 08.12.2025 ; Infomigrants, «Immigration: les Vingt-Sept ouvrent la voie aux « hubs de retour » hors des frontières de l’UE», 09.12.2025 ; solidaritéS, «Vers des déportations préventives?», 20.12.2025.

Voir également: ODAE romand, «”Hotspots” en bordure d’Europe: l’incarcération de la migration», brève, 08.07.2025 ; ODAE romand, «Nouveau Pacte européen: un pas plus loin hors de l’asile?», brève, 23.05.2024 ; ODAE romand, «Pacte européen anti-asile: la Suisse fait un pas de plus vers la fermeture de l’accueil», 01.07.2025. 

Cas relatifs

Cas individuel — 17/12/2025

Régularisation refusée après 9 ans de vie en Suisse, à cause d’un séjour de cinq mois en Autriche

Saif*, ressortissant irakien, demande l’asile en Suisse en 2016. Après un refus, il se rend en Autriche où il sollicite également l’asile. Renvoyé en Suisse en 2017 en vertu du règlement Dublin, il survit à l’aide d’urgence. En 2024, il demande la régularisation de son statut auprès de l’Office cantonal de la population qui refuse, au motif que son lieu de séjour n’était pas connu entre octobre 2016 et mars 2017. En mai 2025, après 9 ans d’aide d’urgence, l’état psychique de Saif* se détériore et il suit un traitement médical. Avec l’aide d’une mandataire, il dépose une nouvelle demande de réexamen sur la base de l’art. 83 al. 4 LEI. Le SEM rejette cette demande, estimant que l’accès aux soins est possible en Irak.
Cas individuel — 14/04/2025

«Mes enfants sont terrorisés. Je ne sais plus quoi faire ni comment arrêter ce calvaire.»

Léonie*, ressortissante Burundaise, est victime de persécutions dans son pays. En juin 2022, elle demande l’asile en Suisse avec ses trois enfants. Leur demande est rejetée en 2023 par le SEM puis par le TAF. La famille subit alors un véritable harcèlement policier: alors que Léonie* est hospitalisée en psychiatrie, son fils est arrêté à leur domicile pour être détenu à l’aéroport puis relâché. Sa fille aînée est également arrêtée à deux reprises, emmenée à l’aéroport puis relâchée. Enfin, la fille cadette se retrouve hospitalisée en psychiatrie, dans un état de choc, après que des agents ont essayé de l’arrêter au cabinet de sa psychologue. Malgré ces arrestations à répétition, Léonie* et ses enfants demandent le réexamen de leur décision d’asile, en raison d’éléments nouveaux survenus au Burundi et de l’état de santé de Léonie* qui se dégrade. Le SEM suspend l’exécution du renvoi de cette dernière, mais refuse de réexaminer la demande des enfants, désormais tous trois majeurs.
Cas individuel — 13/02/2024

Décès d’un jeune demandeur d’asile: la responsabilité directe des autorités suisses

Cas 459 / 13.02.2024 Alam* arrive en Suisse à 17 ans et demande l’asile après avoir vécu des violences en Grèce où il a reçu protection. Les autorités suisses prononcent une non-entrée en matière et son renvoi, malgré des rapports médicaux attestant de la vulnérabilité d’Alam*. Celui-ci met fin à ses jours à la suite du rejet de son recours par le TAF.
Cas individuel — 01/01/2024

Harcelée en Croatie, une famille est menacée d’y être renvoyée

En 2019, Romina* et Khaleel* quittent l’Afghanistan avec leur fille (Emna*), encore mineure et leurs trois fils majeurs. Ils demandent l’asile en Suisse en octobre 2020, après être passé∙es par la Croatie. La famille raconte avoir tenté de passer la frontière entre la Bosnie et la Croatie à plus de 15 reprises, avoir été arrêté∙es par les autorités croates puis maltraité·es, volé·es, déshabillé·es et frappé·es. En février 2020, le SEM rend une décision NEM Dublin. Le mandataire d’Ehsan* et Noura* dépose un recours au TAF contre la décision du SEM. En avril 2021, le SEM annule sa décision de NEM Dublin pour le second fils et sa famille, qui reçoivent une admission provisoire. En juillet 2021, le TAF prononce les arrêts qui rejettent respectivement les recours de Moussa*, de Ehsan* et Noura* et de Romina* et Khaleel*.