Né en 2006 en Irak, Hatim* est d’ethnie kurde. En 2022, il participe à une manifestation réprimée par les forces de l’ordre. Il se voit également rejeté par sa propre famille à la suite de sa conversion à la religion zoroastrienne, puis subit des agressions répétées et des menaces, y compris par la famille de la fille qu’il souhaite épouser. En mars 2023, il quitte l’Irak, où sa vie est menacée, pour se rendre en Europe. En février 2024, il rejoint la Turquie par avion, puis atterrit en Suisse en avril. Il a alors 17 ans passé de quelques mois et voyage seul comme mineur non accompagné.
Hatim* dépose une demande d’asile à l’aéroport de Genève le 22 avril 2024 auprès du Service asile et rapatriement aéroport (SARA). Le lendemain, l’entrée en Suisse lui est refusée et il est assigné à la zone de transit de l’aéroport pour une durée maximale de 60 jours (art. 22 LAsi).
Le 26 avril 2024, le SEM auditionne Hatim* sur ses motifs d’asile en présence d’une représentante juridique de Caritas Suisse qu’il n’a rencontré que 2 heures auparavant. Il est alors très confus, reçoit peu d’informations et comprend mal ce qui lui est demandé. Début mai 2024, le SEM lui refuse la qualité de réfugié et rejette sa demande d’asile. Bien qu’Hatim* ait expliqué avoir été expulsé et menacé, le SEM considère l’exécution du renvoi de son renvoi raisonnablement exigible et possible. Hatim* se sent perdu, isolé et n’a pas revu son représentant juridique depuis son audition sur ses motifs d’asile.
A la mi-mai, Hatim*, qui se trouve toujours dans la zone de transit de l’aéroport, dépose un recours auprès du TAF en nom propre contestant les conclusions du SEM et requérant la reconnaissance de sa qualité de réfugié ainsi que l’octroi de l’asile ou à défaut d’une admission provisoire. Fin mai 2024, le TAF rejette le recours (D-3047/2024).
Il parvient à prendre contact avec une association genevoise de soutien juridique. Début juin 2024, ce nouveau mandataire de Hatim* dépose une plainte auprès du Comité des droits de l’enfant des Nations-Unies, dénonçant la décision de renvoi vers l’Irak du SEM ainsi que la détention d’une personne mineure, et demandant des mesures superprovisionnelles de protection contre le renvoi. Elle allègue notamment une violation des art. 3 et art. 31 CDE en raison de conditions de vie à l’aéroport non conformes à l’intérêt supérieur de l’enfant ainsi qu’une procédure d’asile non-adapté aux besoins de l’enfant.
A ce moment, Hatim* a déjà passé presque deux mois dans la zone de transit de l’aéroport genevois, sans droit de sortie ni accès à des services de base (santé, formation, etc.) alors qu’il est mineur. Il est toujours très fragile psychologiquement et exprime des idées noires. La rapidité de la procédure l’a pris de cours et l’a empêché de saisir ce qui lui arrive, de faire valoir les moyens de preuve à l’appui de sa demande d’asile et il se sent victime d’injustice. Au 60ème jour de sa détention, le maximum admit par la loi, Hatim* est libéré. Hatim*, à présent majeur, obtient les mesures superprovisionnelles et peut entrer fin juin 2024 sur le territoire du canton de Genève, avec un permis N (procédure d’asile en cours).
Signalé par: Elisa-asile, Genève
Source: Décision du SEM (07.05.2024), ATAF D-3047/2024