En 1993, après avoir dénoncé un voisin à la police serbe, « Betim », d’ethnie albanaise, est perçu par les habitants de son village albanais comme étant un délateur au service de l’autorité serbe. Ne supportant plus les menaces proférées par ses voisins et craignant pour sa vie, il part en Allemagne en 1995. Il y reste jusqu’en 2000, année où il retourne volontairement au Kosovo. Dans son village, plus personne ne lui adresse la parole et toute sa famille, par peur de représailles, a été obligée de déménager. Les menaces se font plus virulentes. Il reçoit plusieurs lettres contenant des menaces de mort signées par l’AKSH, une milice armée albanaise. En 2001, un autre homme considéré comme étant un « collaborateur », au même titre que « Betim », est assassiné.
« Betim » décide alors de quitter de nouveau son pays. Il arrive en Suisse en septembre 2005. Il y dépose une demande d’asile. En décembre 2006, l’ODM rend une décision négative. « Betim » fait recours en s’appuyant sur diverses preuves. D’une part, il fournit un rapport de l’OSAR suite à une enquête menée au Kosovo. Ce rapport rassemble les témoignages du père et de deux frères de « Betim » ainsi que de deux autres personnes qui connaissent la famille et qui sont des notables particulièrement en mesure d’évaluer les risques, car ils sont des ex-membres de l’
UCK. Tous sont catégoriques : « Betim » court un danger de mort s’il rentre au Kosovo. La famille de « Betim » ne veut pas qu’il rentre, parce que sa simple présence mettrait en danger toute la famille, surtout la femme et les trois enfants de « Betim » qui habitent chez l’un de ses frères. D’autre part, « Betim » est en proie à de sérieux problèmes de santé (malaises, saignements annaux et urinaires) qui n’ont pas encore pu être élucidés par les médecins suisses, malgré deux hospitalisations et une opération. « Betim » est aussi victime d’un état général d’anxiété. Un certificat médical atteste de ces maux.
Malgré cela, le TAF appuie la décision de l’ODM en se reposant sur les arguments suivants : l’histoire de « Betim » n’est pas vraisemblable et non fondée. Pour ce qui est de l’enquête de l’OSAR, le TAF estime qu’elle n’est pas crédible, puisque basée sur les déclarations de membres de la famille de « Betim » ou de personnes connaissant bien la famille. Ainsi, le TAF pense que ces personnes ont exagéré la menace qui plane sur « Betim » afin que ce dernier puisse obtenir l’asile en Suisse. Quant aux problèmes de santé que connaît « Betim », le TAF juge qu’ils ne sont pas assez sérieux, alors même que l’autorité judiciaire reconnaît qu’ils n’ont pas encore pu faire l’objet d’un diagnostic fiable. Le TAF affirme également que si « Betim » était vraiment en danger dans son village, il n’aurait qu’à aller s’installer ailleurs au Kosovo, alors que les témoins de l’enquête de l’OSAR ont souligné que « Betim » ne serait plus en sûreté nulle part à l’intérieur de la province en raison de la petite taille du territoire.
Signalé par : Service d’aide juridique aux exilé-e-s – SAJE (Lausanne), 26.02.07.
Sources : Arrêt du TAF du 12.02.07, certificat médical datant du 07.01.07, enquête de l’OSAR rendue le 31.01.07.