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Contrats précaires: pas de reconnaissance des maladies liées au travail

France, 28.06.2026 – Grand·es absent·es des débats sur l’interdiction des pesticides en France, les salarié·es agricoles (40% de l’emploi agricole permanent) et les saisonnier·ères, sont invisibilisé·es. Les débats politiques autours de l’utilisation des pesticides ne prennent pas en compte ces travailleur·ses précaires, pourtant sont hautement concerné·es par la question.

D’autant qu’iels ne sont presque pas protégé·es face à l’exposition aux pesticides. En effet, la prévention s’applique aux personnes ayant une certification pour la manipulation et la pulvérisation des pesticides, mais les personnes directement en contact avec les plantes traitées ne sont pas prises en compte. Moritz Hunsmann, chercheur au CNRS et codirecteur du Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale du Vaucluse (Giscope 84), rappelle que pourtant 90% des maladies professionnelles sont dues aux contacts cutanés et non respiratoires.

En 2020, une étude d’Axel Magang et Catherine Laurant, respectivement chercheur à l’institut de recherches économiques et sociales (Ires) et directrice de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) observent que les salarié·es en exploitation agricole sont de plus en plus engagé·es par des coopératives ou des sociétés intérim. Ainsi, iels proviennent de différentes régions, de plus ou moins loin et jusqu’en Espagne, Portugal, pays de l’Est, Tunisie, Maroc ou encore Amérique latine. 

Les contrats fournis par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) ont fait venir des milliers de personnes du Maroc en 2022 au bénéfice d’un contrat précaire. Leur titre de séjour est valide pour une durée de trois ans au maximum mais ne permet pas de travailler plus de six mois par année en France. Une situation qui n’est pas sans rappeler le fameux permis de saisonnier (permis A) en Suisse…

Par ailleurs, les personnes en contact avec les végéteaux sont principalement des personnes migrantes ou des saisonnier·ères moins diplômé·es en agriculture et qui obtiennent donc plus rarement des contrats fixes. Autre forme de discrimination, une division genrée du travail, où les femmes sont souvent attribuées aux travaux nécessitant d’être en contact avec les plantes traitées. La non prise en compte des expositions s’explique donc aussi par ces discriminations, dénonce Agossè Nadège Degbolo, sociologue du travail et de l’environnement.

Encore un élément discriminatoire: les saisonnière·ères détiennent un contrat n’allant pas au-delà des quarante-cinq jours, iels n’ont donc pas droit à la visite médicale liée au travail, prévue par la Mutualité sociale agricole (MSA), afin d’avoir un suivi adapté. Iels sont également exclu·es du document unique d’évaluation des risques professionnels (Duarep), censé relever les substances toxiques auxquelles les personnes sont exposées.

Enfin, comme le rappelle Katy Fenech, coordinatrice de Médecins du monde, beaucoup de saisonnier·ères migrant·es voient le risque sanitaire accentué par des conditions de logement insalubres, parfois au sein même de l’exploitation, dans des baraquements. Ces habitats ultra-précaires augmentent l’exposition aux substances toxiques. À ces conditions hostiles, s’ajoutent les exploitant·es agricoles éhonté·es se permettant d’utiliser des pesticides interdits, comme dans l’affaire de 2026 des six agriculteurs.

L’accès à certaines protections disponibles et la reconnaissance de leurs cancers liés à leur profession est impossible dû à leur statut. D’abord, il faut pouvoir prouver avoir été exposé pour une durée d’au moins dix ans, dans les trente ans après l’exposition, pour qu’une tumeur puisse être validée comme maladie professionnelle. Les risques de développer une maladie telle que Parkinson ou différents cancers sont significatifs : plusieurs témoignages dénoncent, non seulement divers problèmes sanitaires, mais aussi des cas de décès suite à des cancers après de nombreuses années de travail dans des exploitations agricoles. D’autre part, il faut que le travail soit déclaré, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup, mais quand la maladie se déclenche il faut pouvoir la faire valoir en France, alors que beaucoup n’y sont plus. Et comme le dénonce Anouk Smolski Brun, même en étant en France et soutenu·es par une association afin de faire reconnaître sa maladie comme professionnelle, «c’est déjà un parcours du combattant».

Source: Mediapart, «Les saisonniers exposés aux pesticides, grands absents du débat public», 28.08.2026.

Voir également: ODAE romand, «Mythe de l’Überfremdung ou Suisse à 10 millions: la tentation de la réponse simpliste et raciste», brève, 14.05.2026 ; ODAE romand, «Travailleurs et travailleuses européen·nes exploité·es», Panorama n°8, juin 2025 ; ODAE romand, «Précarisation du statut de travailleur·se: les permis B seront refusés aux ressortissant·es de l’UE dont les contrats sont inférieurs à 1 an», brève, 26.11.2025 ; ODAE romand, «Sans-papiers: les travailleur·ses de l’ombre», Panorama n°2, décembre 2021.