Mythe de l’Überfremdung ou Suisse à 10 millions: la tentation de la réponse simpliste et raciste
Suisse, 12.05.2026 – Irène Herrmann, professeure ordinaire en histoire transnationale de la Suisse à l’Université de Genève, décortique dans un article du Temps l’initiative Schwarzenbach, soumise au vote le 7 juin 1970.
Cette dernière, refusée à 54%, visait à modifier la Constitution fédérale afin de limiter la proportion d’étrangers à 10% de la population résidente (sauf à Genève). Or, comme le pointe Irène Herrman, le plafond de 10% ne s’appliquait paradoxalement pas aux travailleur·ses titulaires d’un permis A (les saisonnier·ères): «Ces hommes et ces femmes, autorisés à séjourner neuf mois consécutifs, pour une durée maximale de trois années, constituaient une véritable soupape d’ajustement pour l’économie: mobilisés en masse en cas de besoin, écartés lorsque la conjoncture se retournait».
Difficile de ne pas voir les similitudes troublantes avec l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions», soumise au vote le 14 juin 2026 et rejetée à 55%. Cette récente initiative visait une limitation de la population résidante permanente suisse à 10 millions de personnes en s’appuyant sur des arguments simplistes, à l’image de celle de 1970, tout en occultant les choix politiques et économiques – défendus par ce même parti UDC – véritables responsables des problèmes sociaux et écologiques actuels (pauvreté, chômage, manque de logement, exploitation des ressources naturelles, etc.).
Source: le Temps, «Überfremdung», «dénaturation» de la Suisse et glissement démocratique», 12.05.2026.
Voir également: ODAE romand, «Travailleurs et travailleuses européen·nes exploité·es», Panorama n°8, juin 2025.