Lala*, née en 1980, fuit son pays d’origine, l’Ethiopie, en raison de risques de persécution en lien avec ses activités politiques. Elle arrive en Suisse et dépose une demande d’asile en décembre 2001. En juillet 2002, le SEM (alors ODR) rejette cette demande et prononce son renvoi de Suisse.
En juin 2007, soit après 5 ans de séjour et avec une bonne intégration, Lala* requiert l’octroi d’une autorisation de séjour à titre humanitaire sur la base de l’art. 14 al. 2 LAsi auprès de l’office cantonal de la population, chargé d’évaluer la demande et cas échéant de la transmettre au SEM.
En juin 2008, menacée d’expulsion des structures cantonales d’hébergement, Lala* dépose une nouvelle demande d’asile. En octobre 2008, le SEM (alors ODM) lui refuse la qualité de réfugiée et rejette sa demande d’asile mais, son renvoi n’étant pas exigible, lui octroie une admission provisoire (permis F). Lala* dépose un recours contre cette décision auprès du TAF, qui le rejette. En mars 2011, Lala* informe l’office cantonal de l’existence de son fils, né en 2001, et resté en Ethiopie.
Depuis son arrivée en Suisse, Lala* exerce de nombreux emplois, majoritairement dans le secteur du nettoyage, malgré un état de santé physique et psychique problématique. En mai 2018, elle démarre une procédure de reconnaissance d’incapacité de travail auprès de l’Office de l’assurance invalidité (OAI). En 2022, ce dernier lui reconnait une incapacité de travail totale dans des activités de nettoyage mais refuse de lui octroyer une rente car il estime qu’elle garde une capacité de travail dans d’autres domaines.
En septembre 2016, soit après 15 ans de séjour en Suisse, Lala* demande la transformation de son permis F en B auprès de l’office cantonal, qui refuse de soutenir cette requête au motif qu’elle n’est pas financièrement indépendante. En avril 2019, Lala* demande le regroupement familial pour son fils. En juillet, le SEM rejette cette demande au motif qu’elle est déposée hors délai. En août, Lala* dépose une nouvelle demande d’autorisation de séjour (permis B). L’office cantonal demande des documents complémentaires que Lala* ne parvient pas à fournir: il classe la demande. En juin 2021, Lala* demande à nouveau la transformation de son permis F en B. En juillet, le canton refuse à nouveau de transmettre son dossier au SEM, au motif qu’elle n’est pas indépendante financièrement. Pourtant, Lala* fait alors l’objet d’incapacités de travail reconnues. L’office cantonal estime néanmoins qu’elle pourrait retrouver un travail dans un domaine adapté. En juillet 2022, Lala* demande une nouvelle autorisation de séjour. En novembre le canton lui demande des compléments qu’il n’obtient pas, et classe la demande.
En octobre 2023, appuyée par une mandataire, Lala* dépose à nouveau une demande de transformation de son permis F en B. À ce moment, Lala* séjourne en Suisse depuis 22 ans, est indépendante financièrement depuis décembre 2022, malgré ses nombreux troubles de santé et une incapacité de travail à 50% constatée par un médecin. Elle est intégrée socialement et professionnellement et a appris le français. Si elle fait l’objet de poursuites pour un faible montant (5’286 CHF), celles-ci ont été contestées par son syndicat, car elles s’avèrent manifestement infondées. En janvier 2025, l’office cantonal indique à Lala* son intention de refus de transmettre la demande au SEM, au motif que son indépendance financière serait à relativiser dès lors que son salaire mensuel net dépasse à peine 2’000 CHF (le Service estime qu’il faut atteindre 2’415 CHF net mensuels). Le canton refuse également de tenir compte de son incapacité de travail sans une attestation de l’OAI. Enfin, le Service cantonal déclare l’intégration de Lala* insuffisante (malgré ses activités associatives et au sein de l’église), lui reproche ses poursuites, et conclut qu’au vu de la possibilité que Lala* sollicite un jour l’aide sociale, il y a «un intérêt public prépondérant à la préservation des finances publiques primant l’intérêt privé de l’intéressée à obtenir une attestation de séjour». Alors qu’il admet que Lala* est en Suisse depuis 23 ans, il décrète néanmoins que sa situation n’est pas d’une extrême gravité puisqu’elle est au bénéfice d’un permis F et ne court donc pas de risque de renvoi. En avril 2025, l’office cantonal confirme sa position et demande le versement d’un émolument de 95 CHF pour rendre une décision formelle, un émolument dont Lala* s’acquitte en mai 2025. En juin, elle reçoit alors la décision formelle de refus, contre laquelle elle recourt auprès du tribunal cantonal en septembre 2025. Le recours est toujours pendant.