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Le SEM produit une statistique mensongère

Suisse, 29.09.2026 – Le SEM a produit en août dernier une statistique à partir d’une méthodologie erronée, nourrissant des préjugés racistes envers les jeunes hommes provenant du Maghreb.

Relayé tel quel par de nombreux médias, le chiffre selon lequel 80,5% des requérants d’asile originaires d’Égypte, de Libye, du Maroc, de Tunisie et d’Algérie seraient accusés d’un ou plusieurs délits au Code pénal, est basé sur une statistique incorrecte. La statistique a été produite en comparant deux populations différentes, rappelle la plateforme de documentation asile.ch: les personnes originaires du Maghreb en procédure d’asile ou ayant été déboutées étant accusées d’une infraction au Code pénal en 2024 et, de l’autre côté, les ressortissants ayant déposé une demande d’asile en 2024. Ce calcul est non seulement simpliste – afin de mener à bien une statistique, il est nécessaire de faire un réel suivi sur plusieurs années – mais il est également faux. Les personnes en procédures d’asile ou déboutées étant prévenues pour un ou plusieurs délits s’étendent sur plusieurs années, il ne s’agit donc pas de la même population que les personnes ayant déposé une demande d’asile en 2024. Une inexactitude méthodologique frappante mais que le SEM ne reconnaît qu’à moitié, se justifiant de façon douteuse par le fait qu’une vraie statistique sur la question ne serait techniquement pas réalisable…

Robin Stünzi, chercheur au Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population de l’Université de Neuchâtel, dénonce l’absurdité de l’argumentaire du SEM en notifiant que d’une part la production d’une statistique à partir de deux populations différentes est totalement fausse, et d’autre part qu’il est inacceptable de produire des conclusions sans données valides.

Meriam Mastour, membre de la fondation active pour la lutte contre le racisme antimusulman en Suisse (DIAC), dénonce cette manipulation de l’opinion publique afin de justifier la politique migratoire discriminatoire déjà mise en oeuvre pour les personnes migrantes originaires du Maghreb (notamment l’Algérie, le Maroc, la Libye et la Tunisie) entre autres par la procédure en 24 heures mise en place en 2023 pour ces pays. Ce dispositif ne permet pas une réelle analyse individuelle du besoin de protection des requérent·es malgré une tendance de plus en plus autoritaire de certains de ces pays.

Un deuxième raccourci est à relever: il ne s’agit pas de personnes condamnées mais prévenues. Or, le profilage racial dans les pratiques policières en Suisse conduit actuellement à nettement plus d’arrestations et de contrôles pour les personnes issues du Maghreb. Mais surtout, les personnes qui ne sont pas reconnues coupables sont censées bénéficier de la présomption d’innocence, comme le rappelle Raphaël Rey, chargé d’information au Centre social protestant. 

Alimenter les préjugés par des statistiques trompeuses est une pratique courante des groupes politiques de droite et d’extrême droite, mais le fait que cela provienne du SEM est choquant, souligne Meriam Mastour dont son article publié dans Le Temps rappelle les conséquences d’un tel manquement et démontre les dimensions à ne pas ignorer lorsqu’on parle de criminalité.

Sources: le Courrier, «Le calcul bancal du SEM», 29.09.2026 ; le Temps, «Une statistique erronée aliment préjugés et discriminations sur l’asile», 12.09.2026.

Voir également: ODAE romand, «Condamnations pénales: quand les chiffres servent à stigmatiser plutôt qu’à comprendre», brève, 16.10.2025 ; asile.ch, «Criminalité des personnes étrangères: pratiques médiatiques comparées», 01.10.2025, asile.ch, «Déconstruire les manipulations» ; ODAE romand, «Procédures express et réduction des coûts de l’asile: et les droits humains dans tout cela?», brève, 11.05.2024 ; ODAE romand, «La durée réelle d’une «procédure 24 heures» dans l’asile», brève, 23.09.2024 ; Luca Gnaedinger, «Le paradoxe suisse: entre mansuétude pénale et criminalisation de l’immigration», 2024.